En France aussi, la recherche en soins primaires ? Au service du collectif ou d’intérêts particuliers ?

La recherche pour améliorer la médecine de tous les jours et son organisation, celle qu’on appelle la recherche en soins primaires dans le langage des initiés, est la grande oubliée des politiques publiques dans notre pays. Et quand elle a – un peu – la possibilité de se déployer, c’est souvent dans une position de recherche accessoire, dépendante du bon vouloir de sa grande sœur hospitalière.

Saluons donc comme il se doit le projet ACCORD, placé sous l’égide de plusieurs acteurs dont les généralistes universitaires du CNGE, les sage-femmes, les organisations représentatives des maisons et centres de santé et bien d’autres. De quoi s’agit-il avec le projet ACCORD issu d’un appel à projet de l’IRESP ? Tout simplement de constituer une base de donnée publique, une sorte d’annuaire de tous les professionnels qui se reconnaissent dans les soins primaires et qui ont en commun l’envie de contribuer à la connaissance dans ce domaine. Un réseau d’investigateurs pour le dire comme ses promoteurs. Le réseau ACCORD sera en pratique ouvert à tous les professionnels qui se reconnaissent dans les soins primaires, aux professions médicales et aussi aux autres professions de santé ; ainsi qu’aux autres professionnels du secteur : les géographes, les sociologues, les économistes, et bien d’autres.

L’expression des besoins a commencé, un cahier des charges devrait en découler. Mise en production envisagée à l’issue d’une année de préparation et de tests. Nous n’en sommes qu’au tout début. L’hypothèse est posée d’une gouvernance équilibrée intégrant tous les acteurs, pas seulement les universitaires et les chercheurs, mais aussi les acteurs de terrain et les structures d’exercice en équipe, les maisons et centres de santé. Les intérêts particuliers, dans leur grande diversité, sont-ils prêts à participer à l’émergence d’un projet partagé et collaboratif ? Alternatif à l’hospitalocentrisme ? C’est l’une des questions désormais posée.

Assemblée Générale 2019 de l’IJFR, résolument “pluripro”

Un médecin généraliste, une infirmière de pratique avancée et un kinésithérapeute, tel est désormais le trio en charge du quotidien de l’IJFR à l’issue de l’Assemblée Générale de l’association réunie le 4 Octobre 2019. Bilan de l’année écoulée résolument prometteur, tout entier tourné vers l’innovation à travers le projet Epidaure-CDS.

Epidaure-CDS c’est d’abord les expérimentations article 51. En premier lieu l’expérimentation nationale PEPS ayant débuté en 2019. Dès 2020 les actes de médecine générale et les actes infirmiers seront remplacés par un forfait annuel pour chacun des patients ayant choisi son médecin traitant dans le centre de santé participant à l’expérimentation.

Autre expérimentation nationale article 51, l’expérimentation IPEP prévoit d’attribuer un financement complémentaire du financement habituel, en contrepartie de l’atteinte d’objectifs mesurée par des indicateurs de qualité. Dossier déposé par l’IJFR en septembre, au nom du groupement des 10 centres de santé engagés dans PEPS. Réponse attendue d’ici la fin de l’année.

Epidaure-CDS ce n’est pas que l’article 51. On en voudra pour preuve l’engagement des centres de santé dans les 400 postes de jeunes médecins partagés ville-hôpital.

Beaucoup reste à faire cependant. Etendre le périmètre des forfaits pour y inclure les soins dentaires, les analyses médicales, l’imagerie. Pérenniser les 400 postes, aujourd’hui précaires, et non financés pour la partie centres de santé. Avec un principe simple : si un poste ville-hôpital apporte quelque chose comme les premières évaluation le montrent, il faut le pérenniser. Et en finir avec les effets d’aubaine trop souvent constatés.

Paiement au forfait ? Enfin !

Les équipes des centres de santé saluent la publication du Rapport AUBERT sur la réforme des modes de financement. Il est enfin possible de reconnaître l’évidence : pour les soins courants, le paiement à l’acte c’est dépassé, place au forfait.

C’est en effet un forfait tout compris que les équipes de centres de santé participant au projet EPIDAURE-CDS préparent avec le Ministère pour leurs patients volontaires dans le cadre du fameux article 51. Un forfait annuel versé par la sécurité sociale au centre de santé, pour chaque patient pris en charge.

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Et si l’on essayait l’intégration des soins ?

S’il est un domaine où l’imagination médico-administrative excelle, c’est bien celui de l’organisation des soins. Empilement de couches et de dispositifs successifs notre système de santé a tout du mille-feuille. Réseaux de santé, CLIC, Paerpa, Maia, PTA, CPTS  chaque époque tente de laisser son empreinte,  avant que le temps ne l’efface peu à peu. Laissant intacts les cloisonnements de notre système.

Cloisonnements ville-hôpital, médical- social, soin-prévention, le diagnostic est connu, les traitements symptomatiques successifs, à base de coordination des soins, se sont avérés inefficaces. Les CPTS seront-elles la solution ?

Et si on pensait autrement ?  On lira avec intérêt le diagnostic de Laurent Chambaud reproduit ci-dessous et le traitement qu’il propose, l’intégration des soins. Pourquoi ne pas essayer des modèles dans lequel l’hôpital et la ville, intégrés économiquement, ont intérêt à unifier leurs efforts ? Autour d’un bien commun, avec le patient. On trouve un peu de littérature scientifique sur le sujet.

Nouveauté  2018 dans le code de la santé publique, les SCIC seront-elles le modèle disruptif dont nous avons besoin ? Associant usagers, professionnels, hôpitaux et collectivités, les SCIC indiquent une voie.  La SCIC Richerand à Paris 10ème  entreprend de l’explorer.

Après les mots coordination et parcours, le terme d’innovation sera-t-il le prochain mot qui sonne creux ? Ou bien au contraire les expérimentations dites Article 51 ouvriront-elles  la voie à des offres nouvelles, à des  prises en charges intégrées ville-hôpital ?

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