Publié le 19 avril 2024

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Rédaction IJFR

ÉVÈNEMENT

L’acte déclare forfait

Le 25 avril dernier, l’Institut Jean-François Rey a invité autour de la table différents spécialistes et experts autour de la question de l’organisation et du financement des centres de santé et des soins primaires. L’évènement a eu lieu dans les locaux du Conseil économique, social et environnemental.

Salle pleine au CESE, ce 25 avril dernier. Les participants, majoritairement des responsables et médecins de centres de santé se sont déplacés pour venir écouter les différents points de vue des intervenants : Des chercheurs, ingénieurs, anciens ministres de la Santé ont déroulé selon leur expertise les multiples problématiques rencontrées en centres de santé. Le financement, le management, l’utilisation des données en santé, le numérique, l’organisation, les pratiques et la pertinence des soins.

Une dernière présentation de Julia Legrand (en collaboration avec Laure Pitti) vient introduire les résultats les plus récents des expérimentations PEPS et plus largement une réflexion de fond sur le modèle économique des centres de santé et son alternative la plus aboutie : le paiement au forfait.

La dernière heure a réunie les présidents de la Mutualité Française, de la FNCS et de l’USMCS pour exposer avec clarté les besoins des acteurs du terrain, les obstacles politiques et les conditions d’un sursaut programmatique pour les centres de santé. En vue, les négociations de la prochaine Convention nationales pour les centres de santé.

Nous remercions les intervenant.es et les partipant.es venu.es en nombre.

Pour tous ceux qui n’ont pas pu assister aux échanges, les 8 enregistrements vidéos sont désormais disponibles.

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Si l’on sait assez bien mesurer les dépenses et les recettes d’un centre de santé et l’écart entre les deux, qui reflètent habituellement l’insuffisance structurelle du financement de ces établissements attribuables pour partie des tarifications dépassées.
On peine à mesurer la valeur des soins délivrés et leur pertinence. En l’absence de mesures, on a parfois l’impression d’assister à un dialogue de sourds entre les centres de santé qui réclament des moyens proportionnés aux missions qu’ils remplissent et l’assurance maladie qui est hostile à payer des prestations qu’elle ne sait pas mesurer. […] Nous avons besoin les uns les autres soignants, sciences de gestion et comptables, sciences humaines et sociales, santé publique, économistes, sciences de l’information, décideurs publics et instances de régulation.

Alain Beaupin, Président de l’Institut Jean-François Rey

Le management par les nombres, « jamais sans mon nombre » Le problème, c’est qu’on mesure un certain nombre de choses, mais il y a des angles morts. Notamment, un des angles morts, c’est le fait qu’on ne mesure pas la valeur publique. Par exemple, si on fait de la médecine préventive, on peut mesurer facilement le coût de la vaccination. Ce n’est pas très compliqué. Par contre, qu’est-ce que ça produit comme avantage ? On ne sait pas bien mesurer.

Alain Burlaud, Professeur émérite du Conservatoire National des Arts et Métiers (Cnam), auteur de « Comptabilités, l’empire des nombres »

La formation des données numériques de soins dans les équipes de soins primaires On sait que les technologies numériques, elles sont étroitement associées à l’idée d’un suivi continu et exhaustif des activités qui en ferait un instrument a priori parfait pour créer de l’objectivité, de la scientificité et de la rationalité.
Mais en vous présentant le cas des systèmes d’information qui sont labellisés maisons et centres de santé, je vous propose justement de déconstruire ce postulat et de mettre en évidence que les mises en œuvre pratiques des systèmes d’information créent en fait des écarts par rapport à l’idéal auquel ils sont associés.

Manon Plégat, Doctorante à l’université de Technologie de Troyes, rattachée au laboratoire LIST3N-Tech-CICO et associée au Cresppa-GTM, auteure de « les systèmes d’information partagés en maisons de santé »

Les données de soins dans les centres de santé. Si on se concentre autour de la consultation et du praticien et de votre métier, c’est plutôt une utilisation primaire où il y a encore beaucoup de choses à faire. Déjà mieux recueillir la donnée. Comment la stocker plus proprement, Comment y accéder plus rapidement, plus simplement sans passer par des fichiers ZIP ? Pourquoi ne pas avoir un accès plus industriel comme dans l’utilisation secondaire en utilisation primaire sans devoir contacter un éditeur à chaque fois ? Et à travers le projet Inter-Sop, qui est un appel à projet Resp-IR 2022 On s’intéresse à une plus petite échelle encore qui est l’utilisation clinique en observant comment sont formées les données, comment elles sont rentrées et même quelle est la place du numérique en consultation, quelle est la place de l’ordinateur et de l’écran

Paviel Schertzer, ingénieur données de l’Institut Jean-François Rey

Variations des pratiques médicales, quels enseignements ? les patients qui ont des problèmes très similaires sont soigné de façon très différents en fonction de leur lieu d’habitation et en fonction de où ils vont pour se soigner, quelque soit
l’établissement de santé […] Quand on regarde la littérature de plus en plus nombreuse d’ailleurs sur les déterminants de ces variations de pratiques, on voit qu’ils sont multiples et systémiques. Quand je dis systémique, on pense d’abord
l’organisation du système de soins et les financements. Quand on dit l’organisation, on pense que l’offre de soins, l’offre détermine beaucoup la demande. Quand vous avez une équipement
lit, vous l’utilisez. Donc c’est aussi simple que ça. Et la disponibilité ou non-disponibilité. Certains soins, effectivement, déterminent la demande et mais aussi les incitations financières.

Zeynep Or, Directrice de recherche, Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), auteure de l’Atlas des variations des pratiques médicales (fév 2024)

Pertinence des soins, mythes et réalité ? Les cloisonnements, on le sait,
entre social, médico-social, santé, soins, mais également entre ville et hôpital, entre spécialistes, on sait que ces sources d’actes inutiles et de redondance, c’est de mauvaise qualité. Je dirais que les centres de santé sont un bon exemple. C’est-à-dire que l’activité pluriprofessionnelle
doit absolument être favorisée. Parce que c’est elle qui fera gagner sur la qualité et la pertinence des soins. D’autre part, aujourd’hui, il y a un vrai souci, et il n’est pas prêt de s’arranger, d’accès aux soins. Les soignants doivent être considérés comme des denrées rares. Les médecins, évidemment, mais également les infirmières. Il n’y a que les kinés qui s’en sortent. Sinon, tout le reste, c’est des denrées rares. La pertinence, c’est aussi la pertinence d’utiliser
un professionnel quand il y en a besoin. Tout ce qui n’a pas à être fait par un médecin doit être fait par un non-médecin.

Dominique Le Guludec, professeure émérite de Médecine, ancienne présidente de la haute autorité de la santé (HAS)